Page:Emile Zola - Le Ventre de Paris.djvu/7

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— Eh ! l’homme, là-haut ! cria brusquement madame François.

Et, comme il ne bougeait pas, elle monta, le secoua. Alors, Florent se mit sur son séant. Il avait dormi, il ne sentait plus sa faim ; il était tout hébété. La maraîchère le fit descendre, en lui disant :

— Vous allez m’aider à décharger, hein ?

Il l’aida. Un gros homme, avec une canne et un chapeau de feutre, qui portait une plaque au revers gauche de son paletot, se fâchait, tapait du bout de sa canne sur le trottoir.

— Allons donc, allons donc, plus vite que ça ! Faites avancer la voiture… Combien avez-vous de mètres ? Quatre, n’est-ce pas ?

Il délivra un bulletin à madame François, qui sortit des gros sous d’un petit sac de toile. Et il alla se fâcher et taper de sa canne un peu plus loin. La maraîchère avait pris Balthazar par la bride, le poussant, acculant la voiture, les roues contre le trottoir. Puis, la planche de derrière enlevée, après avoir marqué ses quatre mètres sur le trottoir avec des bouchons de paille, elle pria Florent de lui passer les légumes, bottes par bottes. Elle les rangea méthodiquement sur le carreau, parant la marchandise, disposant les fanes de façon à encadrer les tas d’un filet de verdure, dressant avec une singulière promptitude tout un étalage, qui ressemblait, dans l’ombre, à une tapisserie aux couleurs symétriques. Quand Florent lui eut donné une énorme brassée de persil, qu’il trouva au fond, elle lui demanda encore un service.

— Vous seriez bien gentil de garder ma marchandise, pendant que je vais remiser la voiture… C’est à deux pas, rue Montorgueil, au Compas d’or.

Il lui assura qu’elle pouvait être tranquille. Le mouvement ne lui valait rien ; il sentait sa faim se réveiller, de-