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SON EXCELLENCE EUGÈNE ROUGON.

Et il cherchait parmi ses papiers. Il prit un dossier qu’il feuilleta.

— On a dû répartir sur toute la France le nombre d’arrestations jugées nécessaires. Le chiffre pour chaque département est proportionné au coup qu’il s’agit de porter… Comprenez bien nos intentions. Ainsi, tenez, la Haute-Marne, où les républicains sont en infime minorité, trois arrestations seulement. La Meuse, au contraire, quinze arrestations… Quant à votre département, la Somme, n’est-ce pas ? nous disons la Somme…

Il tournait les feuillets, clignait ses grosses paupières. Enfin, il leva la tête et regarda le fonctionnaire en face.

— Monsieur le préfet, vous avez douze arrestations à faire.

Le petit homme blême s’inclina, en répétant :

— Douze arrestations… J’ai parfaitement compris Son Excellence.

Mais il restait perplexe, pris d’un léger trouble qu’il ne voulait pas montrer. Après quelques minutes de conversation, comme le ministre le congédiait en se levant, il se décida à demander :

— Son Excellence pourrait-elle me désigner les personnes… ?

— Oh ! arrêtez qui vous voudrez !… Je ne puis pas m’occuper de ces détails. Je serais débordé. Et partez ce soir, procédez aux arrestations dès demain… Ah ! pourtant, je vous conseille de frapper haut. Vous avez bien là-bas des avocats, des négociants, des pharmaciens, qui s’occupent de politique. Coffrez-moi tout ce monde-là. Ça fait plus d’effet.

Le préfet se passait la main sur le front, d’un geste anxieux, fouillant déjà sa mémoire, cherchant des avocats, des négociants, des pharmaciens. Il hochait toujours la tête d’un air d’approbation. Mais Rougon ne