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peu satisfait du prix que les ministres mirent à ses travaux. Il ne resta que sept à huit mois éloigné de son pays & ne consentit à recevoir la visite d'aucun artiste. Il ne pouvoit ignorer que quelques uns ne rendoient pas justice à ses talens, & il les enveloppa tous dans sa haine. Coysevox vint un jour dans son attelier sans lui être connu & conduit par un ami commun : mais cet ami eut l'imprudence de le nommer, & le Puget prenant aussitôt l'artiste par les épaules. le fit sortir en lui disant : « eh quoi ! Monsieur Coysevox, un habile homme comme vous vient voir travailler un ignorant comme moi ! »

On lui offroit des ouvrages à Versailles : mais Lebrun abusant de sa réputation & de sa qualité de premier peintre, s'obstinoit a fournir les dessins des travaux demandés par le roi, & à paroître les diriger, Le Puget ne voulut pas fléchir sous le despote des arts, & s'empressa de quitter un pays où le génie lui-même étoit enchaîné.

Ce fut après son retour qu'il termina son bas-relief d'Alexandre devant Diogêne. II l'envoya à Paris ; mais cet ouvrage n'y fut pas goûte, on ne lui assigna pas de place & il resta négligé dans la salle des antiques. On y trouve de l'incorrection, trop peu, de noblesse, des figures qui sembleroient avoir été exécutées sur les dessins de Jordaëns, & qui tiennent plus au style trivial de ce peintre flamand qu'a la beauté antique : on y voit un cheval qui n'a pas été étudié sur la nature : mais on y remarque aussi des parties qui font reconnoître la main du maître. Ce sont ces parties qui ont fait dire à Dandré Bardon : « l'enthousiame qui y brille, le feu qui perce de toutes parts sont si séduisans qu'a peine a-t-on le temps de s'appercevoir des négligences échappées au sculpteur. Disons tout : le charme qui en résulte est capable d'adoucir l'humeur même de la censure disposée à les relever. » M. Falconet, plus sensible aux défauts qui, dégradent ce bas-relief & que ses beautés ne sont pas capables de réparer, a dit que c'étoit l'ouvrage foible d'un très-savant artiste, qui a risque un genre qu'il n'avoit pas étudié & qu'il ne sentoit pas. Cependant cet artiste avoit déja fait, comme nous l'avons dit, le bas-relief de l'Assomption admiré par le Bernin. Ce fut aussi par un bas-relief qu'il termina sa carrière, il n'eut pas même le temps de le finir. Il représente la peste de Milan. On dit qu'il est incorrect, mal dessiné & qu'il se ressent de la vieillesse de l'artiste.

Le Puget mourut dans sa patrie en 1634 âgé de soixante-douze ans. Peut-être, depuis Michel-Ange, aucun artiste n'avoit reçu plus que lui le génie de la sculpture. Ses défauts


sont balancés par des qualités qui le placent dans le petit nombre des plus grands statuaires. Heureux si, comme les anciens, il avoit été curieux de la plus grande correction & sensible à l'amour de la beauté : la beauté, la correction, la noblesse sont bien plus indispensables encore dans la sculpture que dans la peinture, qui répare l'absence de ces qualités par les charmes, séduisans du clair-obscur & de la couleur. Comme Michel-Ange, il travailloit le marbre avec une hardiesse qui alloit jusqu'à l'audace, n'ayant souvent pour se diriger qu'un petit modèle ou même une maquette, & négligeant les aplombs, les compas, les équerres. Ses contemporains, dit M. D... assuroient avoir vu une partie de son Milon fort avancé, tandis que le reste n'étoit pas encore tout-à-fait dégrossi.

(29) ANTOINE RAGGI, dit le Lombard, naquit en 1624, à Vicomorto, lieu appartenant aux Suisses sur les confins de l'état de Milan. Venu jeune à Rome, il entra dans l'école de l'Algarde, perdit trop tôt ce maître, & fut admis entre les élèves du Bernin. On sait qu'il parvint aux honneurs d'académicien de Rome. Il a fait dans cette ville un grand nombre d'ouvrages, ce qui prouve du moins qu'il étoit l'un des artistes estimes do son temps. Il seroit très-invtile d'entasser ici les titres de ses productions, lorsque nous no pouvons en apprécier le mérite & le caractère. Nous avons à Paris, aux Carmes Déchaux, un morceau de sa main, mais fait sur le modèle du Bernin, & qui n'est pas d'ailleurs d'une beauté remarquable : c'est nue vierge tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. Cet artiste se procure par ses talens une fortune considerable, & mourut en 1686, âgé de soixante & deux ans.

(30) THOMAS REGNAULDIN, né Moulins en 1627, fut élève de François Anguier. Il reçut dans sa jeunesse des secours qui ont souvent manqué aux grands talens, fut envoyé à Rome par Louis XIV, eut de ce Prince une pension de 3000 livres, & ne manqua pas d'occupations à son retour ; mais ; tous ces avantages ne purent l'emporter sur la nature qui ne lui avoit, donné que les dispositions qui conduisent à une honnête médiocrité. On regarde comme son meilleur ouvrage, les trois nymphes placées derrière le dieu dans les bains d'Apollon à Versailles. On ne peut rien conclure contre lui de ce qu'elles sont exécutées sur les dessins de le Brun : nous avons déja observé que les plus grands statuaires étoient soumis à cotte servitude. Le grouppe fort médiocre, de Cybèle enlevée par Saturne, dans les jardins des Tuilleries ; est aussi de cet artiste qui mourut en

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