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beau du Prince de Conti dans le chœur de l’église de Saint André des Arcs, & celui du Maréchal de Créquy aux jacobins de la rue Saint-Honoré. Il fit pour la ville de Lyon, la figure en bronze de la Saone, de dix pieds de proportion, qui orne le piédestal de la statue de Louis XIV. Cet artiste a travaillé jusqu’à l’âge de soixante-seize ans, & le dernier de ses ouvrages, que la mort ne lui a même pas permis de terminer entiérement, est l’un des plus estimés : c’est un bas-relief en médaillon, représentant le passage du Rhin. Il est placé à Versailles, dans le sallon de la Guerre. Coustou a fini sa carrière laborieuse en 1733. Il s’est distingué par l’esprit de ses conceptions & l’agrément de son exécution. Ses formes ont de la pureté ; mais on ne trouve pas dans ses ouvrages le caractère sage de l’antique : on pourroit lui reprocher de s’être trop pénétré du goût françois, & d’avoir eu plus d’agrément que de grandeur.

(43) Camille Rusconni, né à Milan en 1658, apprit son art à Milan & se perfectionna à Rome. Il étudia surtout l’antique, & ce fut après l’avoir copié, qu’il tenta de l’imiter dans des ouvrages originaux. Il copia l’Antinoüs, l’enlévement de Proserpine, l’Apollon du Belvedere, & deux fois l’Hercule Farnèse. L’Apollon & l’un de ses Hercules, ont passé en Angleterre.

Il travailla d’abord en stuc, & ses premiers ouvrages en marbre sont le tombeau de Palavicini, & celui de Fabretti. Il a fait quatre des apôtres qui ornent la nef de Saint-Jean de Latran : ces figures, dans la proportion de dix— neuf pieds, représentent Saint-André, Saint-Mathieu, Saint-Jean & Saint-Jacques le Majeur. Son ouvrage capital est le tombeau de Grégoire XIII, placé dans l’église de Saint-Pierre. Sous une grande arcade, ce pontife est représenté assis dans la chaire papale, & revêtu de ses habits pontificaux. Plus bas, la Justice & la Piété, soulèvent une grande draperie, & lissent voir un bas-relief qui n’est pas moins estimé que le reste du monument. Quand cet ouvrage fut découvert, on y admira la beauté du génie soutenue par les charmes de l’exécution. « Peu de sculpteurs entre ses contemporains, dit M. D… ont approché comme lui de l’antique & de la nature. Ses attitudes sont belles & majestueuses, ses têtes pou communes, & ses draperies très-élégantes. Il donnoit à ses figures l’action qu’elles demandoient ; elles paroissoient vivantes, tant il savoit bien exprimer les passions de l’âme. » On ajoute qu’il étoit modeste avec de grands talens, que jamais il ne déprisoit les ouvrages de ses rivaux, & qu’épris d’amour pour, la gloire, il travailloit


pour elle bien plus que pour l’intérêt. Il est mort en 1728, âgé de soixante & dix ans.

(44) Grinling Gibbons. On ignore l’année qui a vu naître cet artiste Anglais ; on ne connoît pas même le lieu de sa naissance, & l’on ne sait de qui il reçut les principes de son talent. Le premier qui l’employa, fut un directeur de spectacles à Londres, qui lui confia les sculptures d’une salle de comédie. Il fut ensuite occupé par Charles II, à la décoration du Palais de Windsor, & de quelques autres maisons royales.

On dit que Gibbons fit son propre buste en bois ; on parle d’un bas-relief sur lequel il représenta le martyr de Saint Etienne. On soupçonne que ce fut lui qui fit le modèle de la statue en bronze de Jacques II, qui est dans le jardin de Witheal ; la seule circonstance qui autorise ce soupçon, c’est qu’on ne sache pas qu’il y eût alors en Angleterre aucun sculpteur capable d’entreprendre cet ouvrage : mais ce qui affoiblit beaucoup cette conjecture, c’est que les deux vertus qui accompagnent le buste de Prior à Westminster, & le tombeau de Newton, dans la même église, donnent une idée bien peu favorable du talent de Gibbons pour la figure. C’est dans la partie de l’ornement qu’il s est distingué, & nous aurions gardé le silence sur ce sculpteur, s’il n’étoit pas le seul qu’ait produit l’Angleterre. On vante de lui des morceaux qui tirent leur prix de la délicatesse du travail, & de l’extrême patience ; tels que des oiseaux dont il semble que l’on compte les plumes, une cravatte de dentelle, &c. Quels chefs-d’œuvre à citer, après avoir nommé ceux de Michel-Ange, du Bologna, de l’Algarde, de le Gros, du Puget ! Gibbons est mort à Londres en 1721.

(45) Marc Chabry, élève du Puget, naquit à Lyon en 1660. Il a fait pour cette ville la peinture & la sculpture du Maître-Autel de l’église de Saint-Antoine, & un bas-relief représentant Louis XIV à cheval, placé au-dessus de la porte de l’hôtel-de-Ville. Il fit présenter au roi une statue d’Hercule & une de la Vierge, & obtint le titre stérile de sculpteur de sa Majesté à Lyon. On nous apprend que le Maréchal de Villars, lui paya 8000 livres, une statue représentant l’Hiver : nous serions plus curieux de connoîre le mérite de cet ouvrage, que le prix qui en a été donné. Chabry fit à Mayence le portrait de l’électeur, revint dans sa patrie, & y est mort en 1727.

(46) Pierre le Pautre né à Paris en 1660, étoit fils d’un architecte. Il apprit la


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