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PRELIMINAIRE. 41

Pour ces expériences, je me suis servi de chicorée sauvage, & surtout de froment, plantes qui végètent bien dans les caves & avec promptitude.

A peine l’électricité a-t-elle été connue, qu'on a cru quelle étoit le principe, & le principe unique de la végétation. L’envie de tout expliquer par des moyens simples a souvent conduit les physiciens dans des erreurs. La nature ne serait pas plus embarrassée de faire concourir plusieurs agens pour produire un seul effet que si elle n’employoit qu’un agent.

Pour connoître l’influence de l’électricité sur la végétation, on a électrisé des plantes. M. l'Abbé Nollet avoit, au mois d’octobre, partagé les semences de quelques plantes qui lèvent & qui croissent promptement, entre des pots remplis de la même terres & d’une égale capacité. Ces semences furent traitées en tout de la même manière, avec cette différence, qu’une partie des pots fut électrisée plusieurs heures par jour, & que les autres pots ne le furent pas.

Les semences soumises à l’électricité végétèrent les premières, & les plantes quelles produisirent levèrent avant celles qui n'avoient pas été électrisées ; la végétation continua dans la même progression. Les plantes électrisées eurent un accroissement plus rapide. Mais le physicien observa quelles étoient plus alongées, plus grêles, ce que l’on appelle éthiolées. La saison étant devenue contraire à la végétation, l’expérience ne fut pas poussée plus loin.


Elle a été souvent répétée depuis ; mais on ne l'a point continuée au-delà de la germination ; on ne l'a point étendue à la durée de la vie des plantes. Cependant on a conclu, de cette observation, que l’électricité étoit le principe de la végétation. Cette théorie s’est trouvée appuyée d’une remarque, c’est qu’en été, après une pluie d’orage, les plantes végètent avec une vigueur qu’elles n’ont pas ordinairement ; mais l'arrosement, dont alors elles ont un grand besoin, & la chaleur de l’air & de la terre, ne contribuent-ils pas autant, & peut-être plus, à leur accroissement que le fluide électrique, qu'on suppose leur être transmis avec la pluie qui tombe pendant l'orage ? Jamais l’électricité n’est plus forte que par une belle gelée, le vent étant au nord. La végétation alors est absolument nulle.

M. Mauduyt, de la société de médecine, si célèbre par ses profondes connoissances, par sa modestie & par tout le parti qu’il a su tirer de l’électricité, ne s’est pas contenté d'électriser des semences & de cesser l’expérience peu après que les plantes seroient levées. Il a pensé qu’il falloit en examiner l'action sur elles pendant leur durée entière. En conséquence il a, au printems, rempli de la même terre des pots de même capacité ; il y a semé des haricots, des graines de cerfeuil, de millet, de ce crambe, nommée giroflée ou julianne de

Agriculture. Tome I. F