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HUGUES-LE-LOUP

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p143.jpg
Cela s’était passé dans une seconde. (Page 50.)

— Nous cherchons une femme, répondit le vieux braconnier, une femme qui vient tous les ans rôder autour du Nideck, et nous avons l’ordre de l’arrêter !

— A-t-elle volé ?

— Non.

— A-t-elle tué ?

— Non, Monseigneur.

— Alors que lui voulez-vous ? De quel droit la poursuivez-vous ? »

Sperver se redressa et fixant ses yeux gris sur le baron :

« Et vous, de quel droit l’avez-vous prise ? fit-il avec un sourire bizarre, car elle est là… je la vois au fond de la caverne. De quel droit mettez-vous la main dans nos affaires ?… Ne savez-vous pas que nous sommes ici sur les terres du Nideck, et que nous avons droit de haute et basse justice ? »

Le jeune homme pâlit, et d’un ton rude :

« Je n’ai pas de comptes à vous rendre, dit-il.

— Prenez garde, reprit Sperver, je viens avec des paroles de paix, de conciliation. J’agis au nom du seigneur Yéri-Hans, je suis dans mon droit, et vous me répondez mal.

— Votre droit ?… fit le jeune homme avec un sourire amer. Ne parlez pas de votre droit, vous me forceriez à vous dire le mien !…

— Eh bien, dites-le ! s’écria le vieux braconnier, dont le grand nez se courbait de colère.

— Non, répondit le baron, je ne vous dirai rien, et vous n’entrerez pas !

— C’est ce que nous allons voir ! » fit Sperver en avançant vers la caverne.