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LE COMBAT D’OURS.

c’est de l’imitation. Les païens ont accompli leur œuvre. Elle est magnifique… je le reconnais, mais, au lieu de la copier platement, il s’agit de faire la nôtre !… On nous assomme avec le grand style, le genre grave, l’idéal grec. Moi, je ne veux être d’aucune académie et je suis Flamand. J’aime le naturel et les andouilles cuites dans leur jus. Quand les Italiens feront des saucisses plus délicates, plus appétissantes que celles de la mère Grédel, et que les personnages de leurs bas-reliefs et de leurs tableaux n’auront pas l’air de poser, comme des acteurs devant le public, alors j’irai m’établir à Rome. En attendant je reste ici. Mon Vatican à moi, c’est la taverne de maître Sébaldus. C’est là que j’étudie les beaux modèles et les effets de lumière en vidant des chopes. C’est bien plus amusant que de rêver sur des ruines. »

J’en aurais dit davantage, mais nous étions arrivés à ma porte.

« Allons, bonsoir, maître Conrad, m’écriai-je en lui serrant la main, et sans rancune.

— De la rancune ! fit le vieux maître en souriant, tu sais bien qu’au fond je suis de ton avis. Si je te dis quelquefois d’aller en Italie, c’est pour faire plaisir à dame Catherine. Mais suis ton idée, Kasper ; ceux qui prennent l’idée d’un autre ne font jamais rien. »


FIN DU COMBAT D’OURS.