Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/189

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
121
MAITRE DANIEL ROCK.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p199.jpg
Lorsque maître Daniel vînt à passer avec sa fille. (Page 125.)

Quand il fut à cette porte, découvrant sa grosse tête grise, il parut hésiter ; mais aussitôt une voix cassée cria de l’intérieur :

« Approche… Daniel… je t’attendais. »

Et le forgeron entra dans ce nid de hiboux, comme on entre dans un temple.

Au bout de trois pas, il vit la vieille accroupie près d’un feu de bruyères presque éteint. À côté d’elle dormaient ses deux grandes chèvres. — L’une, au bruit des pas du forgeron, se réveilla… allongea le cou… ses grands yeux dorés s’illuminèrent, puis elle se replia dans l’autre sens, posant sa tête sur sa maigre échine, et s’assoupit de nouveau.

Quant à la tour, ses six étages étaient tombés l’un sur l’autre ; son escalier en spirale restait le pied en l’air dans les nuages ; on voyait les étoiles au haut comme par une immense lunette. Dans un des coins, à cinq ou six pieds au-dessus du sol, avait pris racine un petit hêtre dont les feuilles étaient blanches.

Fuldrâde ne ressemblait plus à un être humain ; on l’aurait plutôt prise pour une de ces vierges en plâtre des petites chapelles de Marienthal ou de Sainte-Odile, affublées, dans leurs niches, de robes de soie toutes passées et couronnées de fleurs flétries. Sa peau était si fine, qu’on voyait, à travers, les sutures de son crâne chauve ; son nez crochu, son menton en galoche, ses joues creuses, ses yeux recouverts lasques paupières, ses petites mains sèches, ses oreilles, blanches comme des hosties, le petit bonnet de crin tressé, en forme de corbeille, retombant sur sa nuque, tout cela lui