Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/145

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

Moi, je pensais : « Si je pouvais le voir au coin du feu, ça me ferait plus de plaisir. »

Enfin il arriva devant nous, et je le vois encore, avec son grand chapeau trempé de pluie, son habit bleu couvert de broderies et ses grandes bottes. C’était un bel homme, d’un blond roux, le nez relevé, les yeux vifs, et qui paraissait terriblement solide. Il n’était pas fier, car, comme il passait devant la compagnie, et que le capitaine lui présentait les armes, tout à coup il se retourna sur son grand cheval et dit tout haut :

« Tiens, c’est Florentin ! »

Alors le capitaine se redressa sans savoir que répondre. Il paraît que le maréchal et lui avaient été simples soldats ensemble du temps de la République. Le capitaine à la fin répondit :

« Oui, maréchal, c’est Sébastien Florentin.

— Ma foi, Florentin, dit le maréchal en étendant le bras du côté de la Russie, je suis content de te revoir ; je te croyais couché là-bas. »

Toute notre compagnie était contente, et Zébédé me dit :

« Voilà ce qui s’appelle un homme ; je me ferais casser la tête pour lui ! »

Je ne voyais pas pourquoi Zébédé voulait se faire