Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/36

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où restaient presque toujours quelques braises de la veille au soir, dans les cendres. J’en trouvai deux ou trois, je me dépêchai de les rassembler et de mettre dessus du petit bois et deux grosses bûches ; après quoi, je courus me renfoncer dans mon lit.

M. Goulden, sous ses grands rideaux, la couverture tirée sur le nez et le bonnet de coton sur les yeux, était éveillé depuis un instant ; il m’entendit et me cria :

« Joseph, il n’a jamais fait un froid pareil depuis quarante ans… je sens ça… Quel hiver nous allons avoir ! »

Moi, je ne lui répondis pas ; je regardais de loin si le feu s’allumait : les braises prenaient bien ; on entendait le fourneau tirer, et d’un seul coup tout s’alluma. Le bruit de la flamme vous réjouissait ; mais il fallut plus d’une bonne demi-heure pour sentir un peu l’air tiède.

Enfin, je me levai, je m’habillai. M. Goulden parlait toujours ; moi, je ne pensais qu’à Catherine. Et, comme j’avais fini vers huit heures, j’allais sortir, lorsque M. Goulden, qui me regardait aller et venir, s’écria :

« Joseph, à quoi penses-tu donc, malheureux ? Est-ce avec ce petit habit que tu veux aller aux Quatre-Vents ? Mais tu serais mort à moitié chemin. Entre dans mon cabinet, tu prendras