Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/83

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


à haute voix, comme on prononce des jugements, car tous les numéros étaient de véritables jugements.

Nous attendîmes longtemps.

Je n’avais plus une goutte de sang dans les veines, lorsque enfin on appela mon nom.

Je m’avançai sans voir ni entendre, je mis la main dans la caisse et je tirai un numéro.

M. le sous-préfet cria : « Numéro 17 ! »

Alors je m’en allai sans rien dire, Catherine et la tante derrière moi. Nous descendîmes sur la place, et, ayant un peu d’air, je me rappelai que j’avais tiré le numéro 17.

La tante Grédel paraissait confondue.

« Je t’avais pourtant mis quelque chose dans ta poche, dit-elle ; mais ce gueux de Pinacle t’a jeté un mauvais sort. »

En même temps elle tira de ma poche de derrière un bout de corde. Moi, de grosses gouttes de sueur me coulaient du front ; Catherine était toute pâle, et c’est ainsi que nous retournâmes chez M. Goulden.

« Quel numéro as-tu, Joseph ? me dit-il aussitôt.

— Dix-sept », répondit la tante en s’asseyant les mains sur les genoux.

Un instant M. Goulden parut troublé, mais ensuite il dit :