Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/82

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Et d’une voix sauvage, il cria : Vive l’Empereur !

J’étais plus content de voir ce ruban à son chapeau qu’au mien, et je me glissai bien vite dans la foule pour échapper à Pinacle.

Nous eûmes mille peines à entrer sous la voûte de la mairie, et à grimper le vieil escalier de chêne, où les gens montaient et descendaient comme une véritable fourmilière. Dans la grande salle en haut, le gendarme Kelz se promenait, maintenant l’ordre autant que possible. Et dans la chambre du conseil, à côté — où se trouve peinte la Justice un bandeau sur les yeux --, on entendait crier les numéros. De temps en temps un conscrit sortait, la face gonflée de sang, attachant son numéro sur son bonnet, et s’en allant la tête basse à travers la foule, comme un taureau furieux qui ne voit plus clair, et qui voudrait se casser les cornes au mur. D’autres, au contraire, passaient pâles comme des morts.

Les fenêtres de la mairie étaient ouvertes ; on entendait dehors les cinq ou six musiques jouer à la fois. C’était épouvantable.

Je serrais la main de Catherine, et tout doucement nous arrivâmes, à travers ce monde, dans la salle où M. le sous-préfet, les maires et les secrétaires, sur leur tribune, criaient les numéros