Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/90

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votre jambe est solide, j’en réponds.

— Tout cela, dit alors M. le maire, n’empêche pas ce jeune homme de boiter depuis sa naissance ; c’est un fait connu de tout Phalsbourg.

— Sans doute, fit aussitôt le médecin de l’hôpital, la jambe gauche est trop courte ; c’est un cas d’exemption.

— Oui, reprit M. le maire, je suis sûr que ce garçon-là ne pourrait pas supporter une longue marche ; il resterait en route à la deuxième étape. »

Le premier médecin ne disait plus rien.

Je me croyais déjà sauvé de la guerre, quand M. le sous-préfet me demanda :

« Vous êtes bien Joseph Bertha ?

— Oui, monsieur le sous-préfet, répondis-je.

— Eh bien messieurs dit-il en sortant une lettre de son portefeuille, écoutez. »

Il se mit à lire cette lettre, dans laquelle on racontait que, six mois avant, j’avais parié d’aller à Saverne et d’en revenir plus vite que Pinacle ; que nous avions fait ce chemin ensemble en moins de trois heures, et que j’avais gagné.

C’était malheureusement vrai ! ce gueux de Pinacle m’appelait toujours boiteux, et dans ma colère, j’avais parié contre lui. Tout le monde le savait, je ne pouvais donc pas soutenir le contraire.