Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/93

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— Ce n’est pas possible ! fit M Goulden, dont les bras tombèrent.

— Oui, c’est tout ce qu’on peut voir de pire, dit la tante ; ça montre bien de la scélératesse de ces gens. »

Et s’animant de plus en plus, elle criait :

« Il ne viendra donc plus de révolution ! Ces bandits seront donc toujours les maîtres !

— Voyons, voyons, mère Grédel, calmez-vous, disait M. Goulden. Au nom du ciel, ne criez pas si haut. Joseph, raconte-nous raisonnablement les choses ; ils se sont trompés… ce n’est pas possible autrement… M. le maire et le médecin de l’hôpital n’ont donc rien dit ? »

Je racontai en gémissant l’histoire de la lettre ; et la tante Grédel, qui ne savait rien de cela, se mit à crier en levant les poings :

« Ah ! le brigand ! Dieu veuille qu’il entre encore une fois chez nous ! je lui fends la tête avec ma hachette. »

M. Goulden était consterné.

« Comment ! tu n’as pas crié que c’était faux ! dit-il ; c’est donc vrai cette histoire ? »

Et comme je baissais la tête sans répondre, joignant les mains il ajouta :

« Ah ! la jeunesse, la jeunesse, cela ne pense à rien… Quelle imprudence… quelle imprudence ! »