Page:Eugène Le Roy - Au pays des pierres, 1906.djvu/47

La bibliothèque libre.
Cette page a été validée par deux contributeurs.

penchent impunément sur le vide, par l’effet de l’accoutumance. Entre la ville et les ruines du château, s’étendent des terrains vagues où le roc vif affleure, des « sols » à dépiquer, des murs de pierres sèches, des broussailles rases et des ronciers où broute parfois une chèvre au piquet. Au point culminant, un massif de maçonnerie en décombres, encore appelé les « Justices », portait autrefois les fourches patibulaires de la justice consulaire de Montglat. De ce point, on a une vue splendide sur la vallée et le cours de la Dordogne. Parfois, en aval, une flottille de gabares, remontant la rivière à l’aide de leurs grandes voiles carrées, évoquent le souvenir des barques normandes et de ces terribles pirates aux crinières fauves, aux yeux bleus, qui avaient fait ajouter aux litanies des Francs ce verset épouvanté :

A furore Normanorum libera nos, Domine !

Sur ce plateau battu des vents, les herbes grêles ne peuvent vivre ; une sorte de gazon court, serré, feutre le chemin qui suit la crête des rochers aux endroits où un peu de terre a permis à la plante de germer.

Ce chemin des « Jouvencelles », comme on l’appelle, solitaire, infréquenté, est la promenade favorite des amoureux. Dans la belle saison, à la vesprée du dimanche, les jeunes filles s’en vont là par deux ou trois, les bras enlacés, bientôt rejointes par leurs galants ; et jusqu’à l’heure du souper, cette jeunesse rit, caquette et s’amitonne à loisir. La nuit tombée, à l’incertaine clarté des étoiles, des couples