Page:Eugène Le Roy - Au pays des pierres, 1906.djvu/48

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errent par là, silencieux et semblables à des ombres.

Un soir d’été de la Saint-Martin, des amoureux s’en allaient le long des rochers, la tête baissée, serrés l’un contre l’autre. Devant, marchaient Toinette et le docteur Miquel. Ces deux-là avaient des occasions de se voir ailleurs, mais ils étaient venus à la prière de Kérado pour décider Maurette. Ceux-ci venaient derrière ; Reine avait pris le bras de son ami et elle marchait doucement, écoutant avec bonheur les paroles d’amour murmurées à son oreille, et tressaillant lorsque le jeune homme lui baisait la main. Ils marchaient si lentement que les autres disparurent dans la nuit et, qu’arrivés près des ruines du château, Maurette, ne voyant plus son amie, s’épeura et parlait de s’en retourner. Mais, comme elle était sortie de chez elle avec Toinette qui était venue la prendre, il fallait bien rentrer avec elle. Et puis Kérado la rassura, l’entoura de ses bras et la serra contre sa poitrine avec de douces paroles amiteuses, en lui baisant les cheveux. Ils restèrent ainsi un moment, émus, écoutant le bruit sourd de leurs cœurs sursautant d’amour. Puis, des cheveux, les baisers du jeune homme glissèrent sur le front et de là jusqu’aux lèvres de Reine, qui fut prise de cet effroi pudique qui saisit parfois les jeunes pucelles en présence de l’irrémédiable… Mais, à ce moment, Toinette et le médecin les ayant rejoints, tous quatre revinrent vers la ville.

Lorsque les jeunes gens les eurent quittées pour n’être pas rencontrés de compagnie, la « Poulette »