Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/103

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pendant que moi je le tenais par une jambe en pleurant.

— Allons, allons, disaient les gendarmes, c’est assez, c’est assez, vous le verrez après.

— Donne-moi le drole, dit mon père.

Alors ma mère, me prenant à deux mains, me haussa jusqu’à son col, que je serrai de toute ma force dans mes petits bras.

— Mon pauvre Jacquou ! mon pauvre Jacquou ! faisait mon père en m’embrassant.

Enfin il fallut nous séparer, moitié de gré, moitié de force, tirés en arrière par les gendarmes, qui emmenèrent leur prisonnier.

Après avoir attendu longtemps, lorsqu’un huissier appela ma mère, nous entrâmes dans une haute salle longue, voûtée à nervures, et faiblement éclairée par deux fenêtres en ogive donnant sur une cour. Dans le fond, sur une estrade fermée par une barrière de bois, il y avait trois juges assis devant une grande table couverte d’un tapis vert et encombrée de papiers. Celui du milieu avait une robe rouge, qui donnait des idées sinistres ; les deux autres étaient enrobés de noir, et tous trois portaient lunettes. De chaque côté de l’estrade étaient assis, devant des tables plus petites, le procureur et le greffier. Au mur, dans le fond, au-dessus des juges, un grand tableau représentait Jésus-Christ en croix, tout ruisselant de sang.

Puis les jurés, les avocats, les gendarmes, l’accusé, le public : c’était à peu près la même