Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/133

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Après ces tristes pensers, j’éprouvais du soulagement à sentir dans mon cœur une grande reconnaissance pour M. Fongrave qui avait été si bon pour nous. Il me semblait que tant que nous n’aurions pas en quelque manière marqué notre reconnaissance à l’avocat de mon père, je ne serais pas à mon aise. En cherchant en moi-même ce que nous pourrions faire pour ça, je vins à penser que lui envoyer un lièvre, ça serait à propos. Je me souvins alors que, dans le tiroir du cabinet, il y avait des setons ou lacets de laiton dont se servait mon père, et, sautant du lit incontinent, je mis ma culotte, soutenue à mode de bretelle par un bout de ficelle que j’avais faite avec du chanvre, et j’allai au tiroir. Je fus content de voir qu’il y avait une dizaine de setons, et, sans plus tarder, je pris une mique et, en la mangeant, je m’en fus à la recherche de passages de lièvres, où je pourrais en poser. Après avoir bien viré, tourné, je remarquai trois coulées assez fréquentées, et, le soir, ayant flambé trois de ces collets, je les cachai dans une poignée de fougères, et au soleil entrant, ou couchant, si l’on veut, je m’en fus les placer. Je posai le premier dans un passage à deux pas du sentier, attaché à une forte poussée de chêne. J’en mis un autre sur la lisière d’un bois à un endroit où j’avais connu que le lièvre passait souvent pour aller faire sa nuit dans les terres autour des villages, et enfin le troisième à la croisée de deux petits sentiers