Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/145

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choses, je me décidai pour une place où les bois de l’Herm entraient en coin dans les autres. Il y avait justement là un vieux fossé à moitié comblé : je cavai un petit four dans le talus, comme ceux que font les enfants pour s’amuser, j’assemblai quelques brassées de broussailles dans le fossé, et je m’en revins sans avoir été vu de quiconque.

Plusieurs jours se passèrent dans l’attente. Il faisait un soleil brûlant qui séchait sous bois les herbes et les brindilles, ce qui me réjouissait, en me faisant espérer une belle flambée ; mais point de vent. Pourtant, un matin, avec la lune le temps changea, et un fort vent d’est se mit à souffler, à mon grand contentement. Toute la journée, je trépignai, impatient, et, la nuit venue, j’emplis un vieux sabot de braises et de cendres, et, le cachant sous ma veste, je m’encourus à travers les bois.

Des nuages grisâtres filaient au ciel, le temps était orageux, le vent soufflait chaud, sous les taillis, courbant les fougères et la palène, ou herbe forestière, et balançant à grand bruit les têtes des baliveaux et des arbres de haute futaie. Aussi, tout en galopant, je me disais : « Pourvu qu’il ne pleuve pas cette nuit ! »

Lorsque j’arrivai à mon endroit, j’étais essoufflé et tout en sueur. Il pouvait être sur les dix heures : je retrouvai mon petit four en tâtonnant, et aussitôt, vidant mon sabot dedans, je le bourrai d’herbes sèches et me mis à souffler