Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/154

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et, ayant fermé la porte, je m’en fus chercher quelqu’un. Au Petit-Lac, une femme qui filait accotée contre un mur, me voyant passer bien ennuyé, me demanda ce que j’avais. Lui ayant dit ce qui en était, elle leva les bras en disant :

— Sainte Vierge !

Et puis elle me fit une quantité de questions, et finit par me dire :

— Ah donc, tu es le drole du défunt Martissou !

Et ce fut tout. Comme elle ne me faisait aucune offre de service, je la quittai et m’en allai tout droit à Bars, chez le maire qui de suite me reconnut.

— Et qu’est-ce que tu demandes ? me fit-il rudement, selon son habitude.

Après que je lui eus dit la mort de ma mère, il fit un geste de mauvaise humeur, grommela quelques paroles entre ses dents et finit par me répondre tout haut :

— Tu peux t’en retourner, on fera le nécessaire.

Je m’en revins à la tuilière et j’attendis assis devant la porte toute la journée. Sur les cinq heures, quatre hommes vinrent avec une espèce de civière à rebords, sorte de caisse longue avec des brancards dont on se servait pour porter en terre les pauvres qui n’avaient pas de quoi avoir un cercueil, ce qui était commun en ce temps-là. Entrés qu’ils furent, l’un d’eux découvrit la figure de ma mère et dit :