Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/156

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tout le temps sur l’épaule et hâtèrent le pas. En passant près d’un village, une vieille pauvresse, qui venait de chercher son pain, comme en faisait foi son bissac à moitié plein sur son échine courbée, se signa disant à mi-voix :

— C’est grand’pitié de voir une pauvre créature portée en terre comme ça !

Et, tirant son chapelet de sa poche, elle suivit avec moi.

L’Ave Maria sonnait comme nous arrivions au bourg de Bars. Les hommes posèrent la civière devant le portail de l’église, et l’un d’eux alla querir le curé. Celui-ci vint, un moment après, jeta un coup d’œil froid sur le corps, et dit :

— Cette femme ne fréquentait pas l’église et n’a pas fait ses Pâques ; elle reniait Dieu et la sainte Vierge ; c’est une huguenote : il n’y a pas de prières pour elle… Vous pouvez la porter dans le coin du cimetière où la fosse est creusée.

Les hommes restèrent un instant étonnés, puis, reprenant leur fardeau, ils entrèrent dans le cimetière tandis que la vieille me disait :

— Si tu avais eu de quoi payer, il aurait bien fait l’enterrement tout de même… Jésus mon Dieu !

Dans un coin du cimetière, plein de pierraille, de ronces et d’orties, le trou était là tout prêt, et l’homme qui l’avait fait attendait. Sur la planche inclinée, les porteurs placèrent le corps et, autant qu’ils purent, le firent glisser douce-