Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/162

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— Mon pauvre drole, fit-elle, tu viens trop tard ; on en a loué un.

Je la remerciai et je repartais, lorsqu’elle me dit d’attendre, et, un instant après, elle me porta un gros morceau de pain sur lequel elle avait écrasé des haricots.

Je n’étais pas encore bien maté par la Marane, ou malchance, c’est pourquoi je devins rouge, et lui dis que je ne demandais pas la charité.

— Aussi je ne te le donne pas par charité, fit-elle, mais c’est que j’ai un drole de ton âge… Allons, tu peux le prendre, va ! — ajouta-t-elle en me voyant hésiter.

Je pris le morceau de pain et, ayant bien remercié la cuisinière, je m’en fus devant moi sans savoir où j’allais.

Vers le soir, je commençai à penser où je me retirerais pour la nuit. En face de moi, sur le coteau voisin, un village était campé, dont les vitres brillaient au soleil couchant avec des reflets d’incendie. Mais d’aller y demander l’abri, c’était comme pour le manger, ça me faisait crème. J’avais pourtant couché la veille dans une grange, comme un mendiant, mais je m’étais laissé conduire par la vieille, ne sachant où j’en étais. Il faisait beau temps, et chaud, de manière que je ne me tracassai pas trop de ça, et je continuai mon chemin. La nuit m’attrapa du côté de la Pinsonnie, lorsque, avisant dans une vigne perdue une de ces cabanes rondes au toit de pierre pointu, j’y allai droit. Il y avait, dans la logette,