Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’église, la porte donnant sur la petite place, pas loin d’un vieux puits à la margelle usée par les cordes à puiser l’eau. Entré que je fus derrière le curé, sa servante, qui était en train de tremper la soupe, s’écria :

— Hé ! qui m’amenez-vous là ?

— Tu le vois, un pauvre enfant mal couvert et qui n’a plus ni père ni mère.

— Mais il doit avoir des poux ?

Moi, je secouai la tête, ce qui amena sur les lèvres du curé un petit commencement de sourire, tandis qu’il répondait à sa chambrière :

— S’il en a, ma pauvre Fantille, nous les lui ôterons ; le plus pressé, c’est de le faire manger, car je crois que depuis quelque temps il ne vit pas trop bien.

Et là-dessus, allant au vaisselier, il y prit une assiette de faïence à fleurs, une cuiller d’étain, et ensuite remplit l’assiette d’une bonne soupe aux choux.

— Tiens, mange.

Tandis que je mangeais avidement, debout au bout de la table, le curé me regardait faire avec plaisir. Après que j’eus fini, il prit un pichet que la Fantille était allée remplir et me versa un bon chabrol.

— Tu en mangerais bien encore une pleine cuiller ? me dit-il, en montrant la soupe, lorsque j’eus achevé de boire.

Je n’osais dire oui, par honnêteté, mais il le connut et me remplit de nouveau mon assiette,