Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


après quoi il passa de l’autre côté, où la servante lui porta la soupière.

Un quart d’heure après, ayant déjeuné, le curé m’appela.

— Donc, tu es de la Jugie, dans la commune de Lachapelle-Aubareil ? dit-il en déroulant une carte.

— Oui, monsieur le curé.

Il chercha, un moment, puis me dit d’une voix grave :

— Tu mens, mon garçon !

Je devins rouge et je baissai la tête.

— Allons, dis-moi la vérité, de chez qui es-tu ? d’où viens-tu ?

Alors, gagné par sa bonté, je lui racontai tous mes malheurs, la mort de mon père au bagne et celle de ma mère à la tuilière, il y avait quatre jours seulement. Pendant que je parlais, lui expliquant ce qui s’était passé, la haine du comte de Nansac perçait dans mes paroles, tellement qu’il me dit :

— Alors, si tu pouvais te venger, tu le ferais ?

— Oh ! oui ! répondis-je, les yeux brillants.

Une idée lui vint :

— Peut-être tu l’as déjà fait ? dit-il en me regardant fixement.

— Oui, monsieur le curé…

Et, sur le coup, pris du besoin de me confier à lui, je racontai tout ce que j’avais fait : l’étranglement des chiens et l’incendie de la forêt.