Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/176

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


commission. J’allais chez les métayers chercher des œufs, ou une paire de poulets, ou à La Grandie quérir de la farine pour faire une tarte. Puis, lorsqu’on m’eut indiqué le chemin de Montignac et que la demoiselle m’envoyait acheter du fil, ou des boutons, et M. le chevalier du tabac, ah ! que j’étais content ! On peut croire que je ne m’amusais pas en route. En partant de Fanlac, il y avait un mauvais chemin pierreux qui descendait dans le vallon par une pente très roide. Je dégringolais ce chemin en galopant et en sautant parmi les pierres comme un cabri, puis, ayant traversé les prés et le ruisseau qui va se perdre dans la Vézère à Thonac, je remontais, toujours courant, la côte du Sablou. Il me semblait qu’ainsi, en faisant grande diligence, je marquais ma reconnaissance pour la bonne demoiselle qui m’avait fait ma première chemise, sans parler d’autres depuis : elle m’eût fait passer dans le feu, certes, et j’aurais été heureux qu’elle me le commandât. Et puis elle avait si bien l’air de ce qu’elle était, bonne comme le bon pain, que rien que de regarder sa douce figure et ses cheveux blancs sous sa coiffe de dentelles à l’ancienne mode, je me sentais couler du miel dans le cœur.

M. le chevalier de Galibert était un très bon homme aussi, mais c’était un homme, et il n’avait pas toujours de ces petites idées délicates comme sa sœur. Il était bien charitable également, mais il n’aurait pas su deviner les