Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/175

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Quel changement dans mon existence ! Au lieu d’être par les chemins à chercher mon pain, sans savoir où je coucherais le soir, j’avais le vivre et le couvert, et tout mon travail consistait à aller puiser de l’eau ou fendre du bois pour la cuisine ; à aider la Fantille au ménage, et le curé au jardin ; je n’avais qu’une peur, c’est que ça ne durât pas.

Un soir, tout en arrosant, le curé me parla ainsi :

— Maintenant que te voilà apprivoisé, je vais t’enseigner à parler français d’abord, à lire et à écrire ensuite ; après, nous verrons.

Je fus bien content de ces paroles, car je compris alors que le curé s’intéressait à moi et voulait me garder. À partir de ce jour, tous les matins, après la messe, il me montrait, deux heures durant ; après quoi, il me donnait des leçons à apprendre dans la journée, et, le soir, il me faisait encore deux heures de classe avant souper. J’étais tellement heureux d’apprendre, et j’avais tant à cœur de faire plaisir au curé, que je travaillais avec une sorte de rage ; de manière qu’il me disait quelquefois, le digne homme :

— Il faut se modérer en tout ; à cette heure, va-t’en demander à mademoiselle Hermine, ou à M. le chevalier, s’ils n’ont pas besoin de toi.

Alors je laissais là mes cahiers et mes livres, et je courais trouver la demoiselle Hermine, bien heureux lorsqu’elle me donnait quelque