Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/189

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— Mon cher curé, j’avais une tante qui était un vrai registre de tout ce qui touchait à la noblesse du Périgord, et, d’elle, j’ai appris beaucoup de choses. Je vois maintenant quantité de gens qui se sont faufilés parmi la noblesse et qui eussent été mis honteusement à la porte s’ils s’étaient présentés pour voter avec nous en 1789 : quidams prenant le nom de terres nobles achetées à vil prix ; roturiers émigrés pour des causes qui les auraient menés tout droit à la guillotine, — car la République a eu cela de bon qu’elle n’était pas tendre pour les fripons ; — bourgeois emparticulés, un moment disparus dans la tempête révolutionnaire, et se prétendant maintenant nobles comme Créqui ; tous ces gens-là ne m’en font pas accroire. Je leur dirais volontiers avec un des leurs qui avait du bon sens :


Quelques nobles, ou soi-disants,
S’ils entendent bien les mystères,
Trouveront qu’ils sont des paysans,
Parmi les écrits des notaires.


Le curé, qui trouvait que le chevalier tirait les choses d’un peu loin, dit à ce moment :

— Pardon… mais je ne vois pas bien le rapport…

— Vous allez le voir, mon ami. Le cas des Nansac n’est pas tel : ils sont nobles, mais à la façon de ceux de Pontchartrain, qui vendait les lettres de noblesse deux mille écus. Le père du