Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/206

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— Adonc, je ne te verrai plus ?

— Écoute, me dit-elle, je dois aller à Auriac le jour de la Saint-Rémy, le 23 du mois d’août, avec une voisine…

— J’irai donc à la dévotion de la Saint-Rémy.

Et, la regardant avec amour, je lui pris la main :

— Oh ! ma Lina, à cette heure je suis bien content… Adieu !

Et, en même temps, l’attirant un peu à moi, je l’embrassai, toute rougissante.

— Tu profites de ce que je suis trop bonne, Jacquou !

Je l’embrassai une autre fois, et je m’en fus, non sans regarder souvent derrière moi.

En m’en allant, il me semblait que j’avais des ailes, et que tous mes sens avaient crû soudain. Je trouvais le pays plus beau, les arbres plus verts, le ciel plus bleu. Je sentais en moi une force inconnue jusqu’à ce jour. Quelquefois, arrivant au pied d’un terme, j’étais pris du besoin de dépenser cette force ; je grimpais en courant à travers les pierres et les broussailles et, parvenu en haut, je me plantais, les narines gonflées, et je regardais, tout fier, le raide coteau escaladé.

Lorsque j’entrai chez le curé, il était en train de causer avec le chevalier.

— Moi, j’en reviens toujours là, disait celui-ci : « Que diable vous veut-on ? »