Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/211

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d’où ils sortaient les oreilles rouges, gorgés de bons vins, et le ventre entripaillé. Lorsqu’il était, par état, obligé d’assister à une réunion, à un repas, il ne passait pas la nuit avec les autres, à jouer à la bouillotte ou à la bête hombrée ; il trouvait une raison honnête pour se retirer. Celui qui disait le plus de mal de lui, derrière, car par devant il faisait le cafard, la chattemite, c’était dom Enjalbert, le chapelain de l’Herm. C’était lui qui, en allant piquer l’assiette chez les curés d’alentour, répandait depuis longtemps de mauvais bruits sur le curé Bonal. Le curé le savait, mais ne s’en souciait guère, comptant bien que sa conduite le cautionnait assez ; et, en effet, dans sa paroisse, il était aimé et respecté comme il le méritait. Du côté de l’évêché, il avait été tranquille tant que le diocèse avait dépendu de l’évêque d’Angoulême, mais depuis quelques années qu’on avait rétabli l’évêché de Périgueux, il avait essuyé des tracasseries, des vexations, et maintenant il comprenait bien qu’on voulait le perdre.

— S’ils avaient affaire à moi, — lui disait quelquefois le chevalier, — je les démasquerais publiquement, tous ces mauvais chrétiens !

— Oui ! bien souvent le sang bout dans mes veines… mais le scandale retomberait sur la religion : il vaut mieux que je me taise.


Pourtant, s’il avait su tout ce que ces misérables disaient de lui et de la demoiselle Her-