Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/212

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mine, comme je l’appris en revenant de la fête d’Auriac, peut-être n’aurait-il pas eu tant de patience.

Car j’y allai, à cette dévotion de la Saint-Rémy : je n’eus garde de faillir à l’assignation, comme on pense. La veille, je profitai du moment où le curé était venu voir le chevalier, pour leur en demander la permission à tous deux. Ma requête ouïe, le chevalier dit :


— Au pèlerinage voisin,
Peu de cire, beaucoup de vin.


— Mais, monsieur le chevalier, répliquai-je, Rome est trop loin !

— Oh ! tu serais romipète que ce serait même chose :


Jamais cheval ni mauvais homme,
N’amenda pour aller à Rome.


Et, tout content de lui, le chevalier ajouta :

— Si M. le curé y consent, moi, je le veux bien.

— Comme je compte qu’il sera sage, je le veux bien aussi, dit le curé.

Et je me retirai bien aise.

Le lendemain, ayant déjeuné de bonne heure, la demoiselle Hermine me dit :

— Te voilà dix sols pour faire le garçon.

Je la remerciai bien et je m’en fus tout joyeux. J’avais déjà, en sous et en liards, vingt-deux sous et demi, noués dans un coin de mon mouchoir ; j’y ajoutai les dix sous, et je m’en allai,