Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/213

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me croyant riche déjà. Je descendis passer à Glaudou, de là sous Le Verdier, et je montai à travers les bruyères prendre le vieux grand chemin du plateau, près de la Maninie, à un endroit appelé Coupe-Boursil, ce qui n’est pas un nom trop rassurant ; mais, en plein jour, mes trente-deux sous et demi ne risquaient rien. Ce chemin était très large, comme ça se voit encore en plusieurs places. On dit que c’est celui que suivit le maréchal Boucicaut lorsqu’il alla assiéger Montignac. Il faisait très chaud ; sous le soleil brûlant, les cosses des genêts éclataient avec bruit, projetant au loin leurs graines noires : aussi j’avais seulement, sur mon gilet, une blouse bleue, toute neuve, et j’étais coiffé d’un de ces chapeaux de paille que les femmes, par chez nous, tressaient à leurs moments de loisir en allant aux foires ou en gardant le bétail. La paille n’était pas aussi fine que celle des chapeaux qu’on vend partout aujourd’hui ; mais elle était plus solide, et, dans les campagnes, tout le monde portait de ces chapeaux — les paysans, s’entend. Un quart d’heure avant d’arriver aux Quatre-Bornes, je pris un raccourci et je m’en fus passer au village de Lécheyrie, puis le long des murs du jardin du château de Beaupuy, d’où je finis de descendre dans le vallon de la Laurence, où se trouve la chapelle de Saint-Rémy, à un petit quart de lieue au-dessus d’Auriac.

Au long des prés, sur le bord du vieux che-