Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/227

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reviennent ; il est deux heures, c’est le moment du mérenda, mangeons.

Lina faisait des façons, ayant crainte que quelqu’un de par chez elle ne la vît et ne le dît à sa mère ; pourtant à force je la rassurai, et nous étant assis sur l’herbe contre une haie, je coupai le pain, le melon, et nous nous mîmes à manger en devisant gaiement.

— Mais, dit tout d’un coup en riant la camarade de Lina, qui s’appelait Bertrille, comment allons-nous boire puisqu’il n’y a pas de gobelets ?

— Ma foi, répondis-je, vous boirez la première à la bouteille ; Lina boira ensuite, et moi le dernier, comme de juste.

— Les hommes, répliqua-t-elle, sont plus assoiffés que les femmes : ça serait à vous de commencer.

— Non pas, je suis trop honnête pour ça !

Et je lui tendis la bouteille.

Elle la prit en guignant un peu de l’œil, comme qui dit : « Je te comprends, va ! »

Ayant bu, elle passa la bouteille à Lina, qui après quelques gorgées me la donna.

— Je vais savoir ce que tu penses, Lina ! dis-je.

Et, prenant la bouteille, je me mis à boire lentement.

— Il va la finir ! disait en riant la Bertrille.

Mais ça n’était pas pour le vin que je faisais durer le plaisir ; et, tout en buvant, je coulai à Lina un regard qui la fit rougir un peu.