Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/263

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portail et j’attendis. Les gens se répandaient sur la place, faisant de petits groupes et se mettant, après le portage et les compliments, à deviser : les hommes, du temps, de l’apparence des récoltes, du prix des bestiaux au dernier marché de Thenon ; les femmes, de leur lessive, de la réussite de leur chaponnage, et les filles de leurs galants.

Tout d’un coup Lina, sortant, me vit et fit un mouvement ; mais sa mère ne me reconnut point, ce qui n’était pas étonnant, ne m’ayant plus vu depuis que je gardais les oies avec sa fille. Elles s’arrêtèrent pour causer, comme les autres, la mère avec une autre femme, et Lina avec la Bertrille, qui, à un moment donné, se tourna pour me regarder, ce qui me fit connaître qu’il était question de moi. Un moment après, sans avoir l’air de rien, la Bertrille s’en vint de mon côté et, en passant près de moi qui me promenais, faisant le badaud en regardant le coq du clocher, elle me dit à demi-voix :

— Aux vêpres, sa mère n’y sera pas.

— Bien !

Et je m’en fus voir jouer aux quilles, coulant mon regard vers Lina de temps en temps.

Vers trois heures, au sortir de vêpres, les deux droles restèrent un bon moment à causer, pour laisser aller devant les gens de leur renvers ; puis elles s’en furent doucement, et moi, peu après, faisant un détour par un autre chemin, je les rattrapai.