Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/262

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Tu t’y habitueras ! Appelez-moi tous de mon nom : Bonal.

— Ça je ne le pourrai pas ! répliqua la Fantille ; non, monsieur le… écoutez, puisque vous ne voulez plus qu’on vous y appelle, je dirai : « Notre Monsieur ! »

— C’est ça ! fit-il en souriant un peu. Et vous autres, dit-il en se tournant vers Jean et moi, si vous voulez me faire plaisir, appelez-moi Bonal.

Et depuis ce temps, selon sa volonté, nous l’appelions ainsi. La langue me fourchait bien quelquefois par l’effet de l’habitude, mais je me reprenais vitement, connaissant que ça lui renouvelait ses peines de s’entendre dire : monsieur le curé.


On pense bien que, dans tous ces changements, je n’avais pas oublié Lina. Le second dimanche après notre venue à La Granval, je m’en fus à la messe à Bars. Le curé en était à l’évangile lorsque j’arrivai et je restai au fond de l’église, jetant mes regards partout pour voir ma bonne amie. En cherchant curieusement, je finis par l’apercevoir au droit de la chaire à prêcher, mais elle n’était pas seule, sa mère était avec elle. Tant que dura la messe, pour dire vrai, je ne suivis guère les cérémonies du curé, occupé que j’étais à regarder le cou rond de ma Lina, un peu hâlé comme celui des filles des champs, et les petits frisons à reflets cuivrés qui sortaient de sous sa coiffe des dimanches. À la sortie, je me plantai devant le