Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/265

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fâchera-t-elle point, sachant à coup sûr que c’est chose impossible d’empêcher un garçon et une fille qui s’aiment, de se voir ; mais, si ça arrive qu’elle le trouve mauvais, il sera toujours temps d’aviser : ainsi, n’aie point de craintes.

Et nous marchions lentement tous trois en devisant, dans le chemin pierreux bordé de mauvaises haies où s’entremêlaient les buissons et les ronces ; moi, au milieu d’elles, les tenant par-dessous le bras, et, pour dire la vérité, serrant un peu plus fort du côté de Lina. Lorsque le chemin traversait quelque boqueteau de chênes, je prenais ma bonne amie par la taille et, la serrant tout doucement contre moi, je l’embrassais sur sa joue brunie par le soleil et duvetée comme une belle pêche de vigne. Le temps ne nous durait pas, de manière que nous fûmes près de Puypautier sans nous en donner garde ; mais la Bertrille, toujours avisée, nous en avertit, et il fallut se quitter après bien des adieux, des embrassements et des regards amoureux. Afin de ne pas me montrer, je pris sur la gauche à travers un taillis, et j’allai passer à la Grimaudie, pour de là gagner La Granval.

Cela dura quelque temps ainsi, sans point de destourbier. Toutes les fois que je le pouvais, j’allais à Bars le dimanche et je faisais la conduite aux deux filles. La pauvre Bertrille, elle, était dépareillée comme je l’ai dit, son bon ami étant au régiment ; mais elle prenait patience, de même que les dames de Périgueux lorsque la