Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/266

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garnison est en campagne. Comme elle ne nous quittait jamais, on ne pouvait pas dire de mal de nos rencontres. Mais il y a des mauvaises langues partout, même à Bars. Quelqu’un s’étant aperçu de notre manège le dit à la mère de Lina, en sorte qu’un dimanche, à la sortie de la messe, je m’avisai qu’elle me regardait fort. Pourtant, elle ne se fâcha pas pour lors après sa fille ; elle lui demanda seulement qui j’étais, où je demeurais et ce que je faisais.

Lina ayant tout raconté sans détour, sa mère lui dit qu’elle ne trouvait pas mauvais que je lui parle, en ce qu’elle entendait que ce fût toujours honnêtement. Et là-dessus, elle ajouta qu’il leur faudrait bien chez eux un domestique grand et fort comme j’étais, pour faire valoir leur bien, maintenant que Géral se faisait vieux.

Moi, je m’apercevais qu’au sortir de la messe, la bonne femme me regardait toujours d’un air engageant, ce qui n’était pas difficile à connaître, car d’habitude elle n’était pas aimable. Aussi, dans ma bêtise, je venais à penser que, quoique nous ne fussions pas en âge d’être mariés, elle ne trouvait pas à redire que je parle à sa fille en attendant. Et un dimanche, je me crus sûr de la chose, lorsque, passant à l’exprès devant moi, avec Lina et Bertrille, elle me dit :

— Puisque tu leur fais la conduite les autres dimanches, tu peux bien venir aujourd’hui : ça n’est pas moi qui te fais peur ?