Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/267

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— Que non, Mathive ! alors, avec votre permission, nous cheminerons ensemble.

Tout en marchant, tandis que les deux droles allaient devant, la mère de Lina me parla de ses affaires, et me dit combien la conduite de leur domaine était lourde pour elle, depuis que Géral ne quittait guère plus le coin du feu. Elle prenait des journaliers, mais ce n’était plus pareil : il lui faudrait un jeune homme fort dans mon genre ; et, en même temps, elle me regardait comme pour me dire que je ferais bien l’affaire. Moi ne répondant pas à ça, après d’autres propos, elle me demanda si je ne serais pas bien aise de venir chez eux, me laissant entendre que puisque nous nous aimions tous deux Lina, dans quelque temps nous pourrions nous marier. Et, tout en disant ça, elle me dévisageait d’une manière un peu trop hardie, à ce que je trouvais, comme si elle eût parlé pour elle.

Lors je lui dis, un peu fatigué de ses grimaces :

— Écoutez, Mathive, j’aime la Lina plus que je ne puis dire ! Je serais donc bien content de venir chez vous, et de travailler de toutes mes forces et de tout mon savoir, pour faire profiter votre bien ; mais pour le moment, je fais besoin à La Granval, et, cela étant, je serais une canaille d’abandonner le curé Bonal qui m’a retiré de l’aumône, maintenant que je lui suis nécessaire.

— Tu as raison, me dit-elle.