Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/271

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Son esprit rasséréné songeait à l’iniquité dont il avait été victime, non plus avec les soubresauts douloureux de la première heure, mais avec cette philosophie sereine qui accepte sans récriminer les accidents humains. Mais s’il se résignait en ce qui le touchait seul, lorsqu’il pensait à ses vieux amis, le chevalier et sa sœur, à ses paroissiens qui l’aimaient, aux pauvres dont il était la consolation et la providence, le chagrin lui serrait le cœur, et il lui fallait des efforts pour le surmonter.

Il aurait bien voulu revoir tout son monde de là-bas, mais il n’y allait pas, par raison : les gens ne l’auraient pas laissé revenir. Aussi était-il bien heureux, lorsque le chevalier venait déjeuner à La Granval et lui apportait des nouvelles de son ancienne paroisse. Quoiqu’il ne fût guère parleur, c’était alors des questions à n’en plus finir sur un tel, une telle : « Que devenait celui-ci ? cette vieille était-elle encore en vie ? la drole de chez cet autre était-elle mariée ? » Et, sa sollicitude satisfaite, tous deux parlaient des choses d’autrefois, et échangeaient de vieux souvenirs. Quand le chevalier remontait sur sa jument, chargé de bonnes paroles pour tout le monde, et emportant du tabac pour La Ramée, le pauvre ancien curé était plus tranquille.

Presque tous les dimanches, Jean venait passer la journée à La Granval et tenir compagnie à Bonal. Ça le distrayait un peu, car Jean, étant ancien, lui rappelait des choses du temps