Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/273

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racontait les soulèvements des Croquants du Périgord, sous Henri IV et Louis XIII, et puis aussi toutes les vieilles histoires de la Forêt Barade qu’il connaissait à fond.

Ainsi se passaient honnêtement les moments de loisir à La Granval, lorsque Bonal commença à s’habituer à sa nouvelle vie.

Dans les premiers temps, la tristesse le tenait fort, et il ne parlait guère ; mais peu à peu sa peine s’amortit, et, en le mettant tout doucement sur le sujet, il se laissait aller à nous entretenir principalement de choses du passé. Et puis il était si bon que, pour nous obliger, il l’aurait fait tout de même, quoique n’en ayant pas grande envie. Moi, voyant comme ça tournait passablement, je travaillais sans souci, content d’être plus près de Lina, sans penser que je m’étais aussi rapproché du comte de Nansac, ou plutôt sans être inquiet de ce rapprochement.

Quelquefois on entendait au loin dans la forêt le cor du piqueur appuyant les chiens, et alors tous mes malheurs me revenaient en mémoire, et ma haine se réveillait, toujours chaude, toujours violente, malgré toutes les exhortations que m’avait faites jadis le ci-devant curé. C’est le seul point qu’il n’a pu gagner sur moi, tant il me semblait qu’en pardonnant j’aurais été un mauvais fils. Je ne craignais rien, d’ailleurs, car je me sentais, comme un jeune coq bien crêté, de force à me défendre.