Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/280

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foins, ou à fouir les vignes, ou pour quelque autre travail pressé. Et moi, content tout de même de leur rendre service, et surtout joyeux d’être près de Lina, j’y allais, avec le congé de Bonal. Et lorsque j’étais venu faire des labours d’hiver, le soir, à la veillée, j’aidais à peler les châtaignes, et je m’en allais tard, car jamais la Lina n’aurait mis les tisons debout dans la cheminée, comme font les filles qui veulent congédier leur galant.


Un jour, comme j’y fus de bonne heure leur aider à vendanger, Lina se préparait à faire du pain et je la regardais faire en mangeant une frotte d’ail avec un raisin, avant d’aller à la vigne. D’abord, elle arrangea son mouchoir de tête de manière à cacher tous ses cheveux, puis elle releva ses manches jusqu’à l’épaule et se savonna bien les bras et les mains à l’eau tiède, et après les rinça à l’eau froide, que je lui faisais couler dessus avec le tuyau du godet. Ensuite, s’étant bien nettoyé les ongles, elle prépara le levain, vida de la farine, puis de l’eau chaude et commença à pétrir. C’était une joie de la voir faire : elle maniait d’abord la farine, la mêlant à l’eau tout bellement ; puis, quand la pâte fut liée, elle la prenait comme à brassées, la soulevait et la rejetait fortement dans la maie. Ses beaux bras ronds, un peu hâlés au-dessus du poignet, d’un joli blanc rosé plus haut, s’enfonçaient vigoureusement dans la pâte qui collait à la peau,