Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/279

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même, un jour, ouvrant une tirette de la grande armoire dont la clef ne la quittait jamais, elle me fit voir un petit sac de cuir, plein de louis qu’elle étala comme pour me décider :

— Tout ça serait à toi plus tard, mon ami !

Quand le diable tient les femmes sur l’âge, comme ça, il leur fait perdre la tête. Il le faut bien, car la Mathive, qui avait dans les quarante-sept ou quarante-huit ans, qui n’était pas belle, il s’en faut, étant brèche-dents, ayant le nez pointu et les yeux rouges, se figurait qu’en me montrant qu’elle était riche, ça me rendrait aveugle et canaille en même temps.

Lorsque je me trouvais seul avec Lina, je lui contais tout ce que faisait sa mère pour m’attirer chez eux, sans lui expliquer, ça se comprend, le pourquoi de tant d’amitiés. Et lors, la pauvre drole me disait :

— Vois-tu, Jacquou, je t’aime bien, et tu penses si je serais contente que tu demeures avec nous autres, en attendant que nous nous mariions ; mais si tu faisais une chose comme ça, si tu abandonnais un homme comme le curé Bonal qui t’a sauvé de la misère, qui t’a appris tout ce que tu sais, jamais plus je ne te parlerais.

— Sois tranquille, ma Lina, je me couperais un doigt plutôt que de faire une telle coquinerie.

Et pourtant, combien j’aurais été heureux de vivre à ses côtés et de travailler pour elle ! Toujours avec ses mêmes intentions, la Mathive me demandait, des fois, pour leur aider à faire les