Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/283

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Mathive et les lui faisait danser très bien. Tous les voisins connurent bientôt ce qu’il en était ; pourtant, d’après les conseils de la vieille, il faisait semblant de parler à Lina, pour cacher son jeu, mais il était trop bête pour tromper qui que ce fût.

Ma pauvre bonne amie, elle, était comme moi bien ennuyée, et d’autant plus qu’elle comprenait ce qui se passait, quoiqu’elle n’en dît rien. Mais que faire ? Géral était toujours dans le canton du feu, ne pouvant guère se remuer et n’ayant plus trop ses idées : ce n’était donc pas lui qui pouvait mettre ordre à ça. Malgré que la mère de Lina le lui eût défendu comme à moi, nous trouvions moyen de nous voir quelquefois, ce qui n’étonnera personne. Alors elle me racontait ses peines, et je tâchais de la consoler et de lui faire prendre patience, en lui disant que tout cela n’aurait qu’un temps. Mais, pour dire le vrai, ça n’en prenait pas le chemin : plus ça allait, plus ce goujat prenait de la maîtrise dans la maison, par la folie de la Mathive. Si quelquefois elle n’agréait pas quelque chose qu’il avait en tête, il parlait d’abord de s’en aller, et la vieille bestiasse de femme cédait et le laissait agir ; bref, c’était lui qui coupait le farci, comme on dit de ceux qui font les maîtres.

Encore qu’il fût bête, comme je l’ai dit, ce garçon, qui s’appelait Guilhem, comprit, au bout de quelque temps, qu’avec la vieille il pourrait avoir beaucoup de choses, lui soutirer des louis