Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/287

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habillements. Lorsque vous vous mouillez, vous n’avez pas seulement pour changer.

Et lui, répondait :

— Quand ceux-ci seront usés… peut-être n’en aurai-je pas besoin ! ajoutait-il, en souriant un peu.

Tel donc qu’il était vêtu tous les jours, il était étendu sur le lit. Sa figure était calme, et, n’était cette pâleur de cire, on eût dit qu’il dormait. Ses traits s’étaient comme affinés, les ailes de son nez un peu fort s’étaient amincies, sa bouche était close doucement, et la trace des chagrins qui assombrissaient parfois son visage, avait disparu depuis qu’il était entré dans le repos éternel. La Fantille avait gardé quelques bouts de cierge pour les temps d’orage, et en avait allumé un, près du lit, sur une petite table recouverte d’une touaille, où il y avait aussi un brin de buis des Rameaux, trempant dans une assiette pleine d’eau bénite. Mais, si ce n’est Jean, personne n’était venu asperger le mort, car nous étions isolés au milieu de la forêt ; et puis, il faut le dire, les gens avaient, je ne dis pas tout à fait peur de Bonal, mais ils sentaient quelque répulsion pour lui, comme curé défroqué, quoique ce fût bien contre son gré, qu’il l’était, le pauvre homme.

Après une pénible après-midi, la nuit vint de bonne heure, comme en automne, et nous trouva là toujours tous trois. La lumière du cierge tremblotait sur le lit mortuaire, et nous éclairait,