Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/290

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la petite combe au-dessous de La Granval, flottait au-dessus des prés pleins de flaques d’eau blanchâtre, une buée légère venant de la fontaine. Le ciel rougeoyait du côté du levant, et le souffle humide du matin faisait choir lourdement les feuilles mouillées et les bogues vides. Arrivé au pied du gros marronnier, je commençai à creuser tristement la fosse en pensant que c’était le dernier service que je rendais au défunt à qui je devais tant.

Sur les dix heures, ayant achevé, je revins à la maison, et, au moment où j’ouvrais la barrière de la cour, je vis venir la demoiselle Hermine, sur sa bourrique touchée par Cariol. En entrant dans la chambre mortuaire, elle prit le rameau de buis, jeta de l’eau bénite sur le corps, et puis s’agenouilla tout contre le lit, la tête penchée, et pria longuement. Lorsqu’elle se releva, elle essuya ses yeux et, regardant le mort, elle dit :

— À cette heure, ses peines sont finies !

Sur le midi, la Fantille, qui avait mis une poule au pot, fit prendre un peu de bouillon à la demoiselle Hermine qui ne voulut rien de plus ; mais le chevalier mangea un peu de soupe et but un verre de vin.

Vers deux heures, le juge de paix vint avec son greffier poser les scellés. Il nous laissa prendre des draps dans la lingère pour ensevelir le défunt, et puis ferma tout, les cabinets, les tiroirs et les placards. Ayant fait, il s’entretint