Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/292

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


cadencé, ces deux vieilles, leur chapelet à la main, suivaient la demoiselle Hermine, et la Fantille qui portait l’eau bénite. Une bise aigre soufflait de l’est, faisant flotter le drap qui couvrait la caisse et soulevant nos cheveux. Des feuilles mortes, détachées des châtaigniers, tombaient sur le drap blanc, comme une marque de deuil des choses inanimées. Des pies criardes volaient haut, luttant contre le vent pour gagner leur gîte de nuit. Au loin, on entendait la corne d’appel d’un berger et les meuglements d’un bœuf revenant de l’abreuvoir. Le soleil, prêt à descendre sous l’horizon, était caché par des nuages barrés de noir, et une sorte de vapeur grise tombait sur la terre aux approches de l’heure nocturne. Comme nous étions près du fond de l’allée, le vent nous apporta le son lointain des cloches de Saint-Geyrac qui sonnaient l’Ave Maria. Il semblait que la voix de la religion, s’élevant au-dessus des misères de cette terre, bénissait le pauvre prêtre victime des haines de ses confrères. Arrivés au bord de la fosse, le cercueil fut posé sur les déblais, et nous attendîmes.

Alors M. de Galibert, debout, prenant un livre des mains de sa sœur, récita le De Profundis et les prières pour les morts ; et tous, nous associant à son intention, nous adressions notre dernière pensée à l’homme honnête et bon qu’avait été Bonal. Les prières achevées, nous descendîmes le cercueil dans la fosse, et le chevalier,