Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/303

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j’allais chasser les oiseaux à l’allumade, comme faisait mon défunt père. Dans le jour, je tuais quelques perdrix en les attirant avec un appeau ; ou bien, par un beau clair de lune, j’allais au guet du lièvre sur les postes de la forêt. Je passais quelquefois des heures entières à une cafourche sans rien voir, assis au bord d’un fossé, mon fusil abrité, triboulant sous la mauvaise limousine de Jean, toute percée et déchirée. D’autres fois, j’étais plus heureux, et dans le sentier, je voyais venir un bouquin le nez à terre, cherchant la trace d’une hase, et alors mon coup de fusil, assourdi par les brumes de la nuit, lui faisait faire la cabriole. Par tous ces moyens, j’apportais à la maison de temps en temps quelques pièces de vingt ou trente sous, ou bien quelque chose qui nous faisait besoin. Les loups ne manquaient pas dans la forêt, mais la nuit on ne les voyait guère, car ils sortaient de leur fort et s’en allaient rôder autour des villages pour attraper quelque chien oublié dehors, ou forcer une étable de brebis mal close ; pourtant c’eût été une bonne affaire d’en tuer un, à cause de la prime.

Un matin d’hiver, rentrant du guet à la pointe du jour, avec un lièvre que je venais de tuer encore chaud dans mon havresac, je pensais au moyen d’attraper les quinze francs du gouvernement, lorsque je m’en vais voir les pas d’un gros loup, dont les pieds de devant étaient fortement empreints dans la terre humide. « En