Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/315

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lent seuls, ou à deux, sur les grands chemins de par là. Et puis, il y a diablement plus de larrons et de volereaux : je ne sais pas si on y a beaucoup gagné… Toi, toujours, continua-t-il, je te le redis, prends bien garde au comte. Il tuerait n’importe qui sans ciller tant seulement ; pense un peu à ce qu’il est capable de te faire !


Moi, des fois, songeant à tout cela, je me confirmais dans cette idée, que le comte de Nansac n’était pas pour se laisser arrêter par un crime, pourvu qu’il pût le commettre impunément. « Peut-être, me disais-je, a-t-il besoin de quelqu’un de confiance pour l’aider, et attend-il son fils. Enfin, il faut se méfier, et ne pas le mettre à nonchaloir. »

La manière de faire du comte montrait bien au reste ce qu’il était. Il n’y avait personne aux alentours de l’Herm qui n’eût à se plaindre de lui et de son monde. C’était un amusement pour ce méchant de passer à cheval dans les blés épiés, avec ses gens ; d’entrer dans les vignes avec ses chiens qui mangeaient les raisins mûrs ; de faire étrangler par sa meute un chien de bergère, ou une brebis, lorsqu’il avait fait buisson creux. Il fallait se ranger vitement sur son passage et saluer bien bas, sans quoi on était exposé à recevoir quelque bon coup de fouet. S’il rencontrait un paysan dans sa forêt, il le faisait houspiller par ses gens. Un jour même, il envoya un coup de fusil par les jambes d’un homme de