Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/316

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Prisse, qu’il soupçonnait de braconner sur sa terre. Le piqueur et les gardes, tous se réglaient à sa montre, et en usaient de même, comme aussi ses invités, souvent nombreux à l’Herm, où l’on menait joyeuse vie. Ses filles même s’en mêlaient et ne se gênaient guère pour cravacher, en passant au galop, un pauvre diable trop lent à se garer. L’aînée n’étant pas revenue, il restait encore quatre filles, grandes bringues, belles et hardies, ayant toujours autour de leurs cotillons des jeunes nobles du pays qui les galantisaient et se divertissaient avec elles. Le jour c’étaient des cavalcades, des visites dans les châteaux des environs, des chasses où cette jeunesse s’égaillait dans les bois, à sa convenance. Le soir, la retraite sonnée, on festoyait largement dans la haute salle, où des arbres flambaient sur les grands landiers de fer.

Les jours de pluie, il y avait bien quelque répit pour les villages un peu éloignés, la jeunesse restant au château à danser, chanter et jouer à cache-cache dans les chambres et les galetas où il y avait de petits réduits propres à se musser à deux. Mais, des fois, las de s’amuser ainsi, ils allaient chez quelqu’un de leurs métayers, ou chez un voisin du village, qui n’osait pas refuser, et ils se faisaient faire les crêpes. Les demoiselles de Nansac riaient aux éclats si quelqu’un des jeunes messieurs qui les escortaient tracassait les filles. Et, comme ça allait loin quelquefois, si une drole se défendait, si les pa-