Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/335

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leurs bontés, car je savais que lui et sa sœur avaient envoyé des poules pour faire la soupe, des choines, du vin vieux et du sucre.

— Bah ! dit-il, ce n’est rien que tout cela, mon pauvre Jacques.

— Faites excuse, monsieur le chevalier, dit Jean : sans ce bon vin, je crois qu’il s’en serait allé dans le pays des taupes.

— Ah ! ah ! tant mieux, tant mieux que mon remède ait opéré, mais autrement qu’importe ?


Crotte de chien ou marc d’argent,
Seront tout un au jour du jugement !

Cette fois-ci, je ris un brin plus fort, et le chevalier s’en fut tout content, non pas sans que je l’eusse bien prié de remercier fort pour moi la bonne demoiselle Hermine.

Un mois après, j’étais sur pied, faible encore, ne marchant qu’à petits pas avec un bâton ; puis, peu à peu, mes forces revinrent. Tandis que j’étais encore au lit, pensant toujours à Lina et m’ennuyant fort de ne pas la voir, je parlais souvent d’elle à Jean qui avait toujours quelque parole pour me calmer et me faire prendre patience. Dans les premiers jours que je fus en état de comprendre quelque chose, je lui demandai par quelle chance j’étais là, dans son lit, et alors il m’expliqua qu’on m’avait trouvé un matin dans la forêt, sur le grand chemin, gisant comme mort, la figure et les mains pleines de sang. Tout ce que je lui dis de