Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/336

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l’endroit où j’étais, l’accertaina que c’était le comte de Nansac qui m’avait enlevé. Je sus alors que les pas entendus du fond de la basse-fosse étaient bien ceux des gendarmes, qui, sur la plainte du chevalier, faisaient une perquisition dans le château avec le maire. Le comte les avait promenés partout, des caves aux galetas, et les avait conduits à la prison ; mais, comme la dalle qui fermait l’oubliette était recouverte d’une épaisse couche de poussière terreuse, ainsi que tout le pavé, ils ne s’étaient pas doutés, ni les uns ni les autres, qu’il y avait un souterrain au-dessous. D’ailleurs, le maire était à la dévotion du comte, et les gendarmes déjeunaient des fois au château étant en tournée ; puis ce brigand, qu’ils savaient puissant, leur imposait, de sorte qu’ils firent leur affaire un peu pour la forme. Il faut dire aussi, pour leur décharge, que sans doute ils ne croyaient pas le comte capable d’un coup pareil.

Mais le chevalier, prévenu par Jean, qui l’avait appris de quelques anciens, de l’existence d’une oubliette à l’Herm, était revenu un soir à Montignac, et avait mis en branle le juge de paix et les gendarmes pour faire de nouvelles recherches, principalement au-dessous de la prison. Les gendarmes, qui se sentaient quelque peu en faute, étaient assez ennuyés, d’autant plus que cette affaire mettait en rumeur tout Montignac où les gens ne sont pas bien capons. Celui qui était le plus exaspéré, c’était ce vieux